Herat
Pour
illuster Herat et vous présenter la reine Gawharshad, dont le mausolée
constitue le logo de notre association, nous avons sélectionné quelques
textes ou citations que nous avons particulièrement aimés.
L'orthographe des noms persans varie car il s'agit toujours de
transcription de l'alphabet arabe.
- Une histoire de la ville de Hérat (sur le site de l'
UNESCO)
- Hérat, une perle au milieu de la Route de la Soie (article de
Asie-Centre.com)
- L'historien portugais, João de Barros (1496-1571), a surnommé Herat "la merveilleuse cité des roses".
Extrait du récit de Robert Byron, Route d'Oxiane, écrit en 1933
traduit de l'anglais par Michel Pétris.
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Au siècle dernier Goharchad était au centre de toutes les conversations.
Ce n'était pas tant sa beauté que l'on évoquait; et encore moins son
rôle de protectrice des arts. Pour les gens de Hérat, qui l'avaient
connue soixante ans durant, elle était un personnage. Par les aléas de
sa vie comme par la violence de sa mort, elle était l'image même de son
temps, d'un temps où Hérat était la capitale d'un royaume qui
s'étendait du Tigre au Sin-Kiang.
On pense ici à nos reines Elizabeth et Victoria. Des femmes de cette
trempe sont chose rare dans la chronique de l'islam. C'est peut-être
pour cela que Mohun Lal l'entendit encore présenter, à quatre cents ans
de distance, comme "la femme la plus incomparable que le monde ait
connue". [...] Goharchad, fille d'un noble djagatai, prit avantage de
la coutume mongole pour satisfaire des goûts moins frivoles. Son père
était l'émir Ghiyat-ad-Din, dont l'ancêtre avait sauvé la vie de Gengis
Khan. Elle devint l'épouse de Schah Rokh en 1388, pense-t-on
généralement - en tout cas avant 1394, année de la naissance de leur
héritier, Oulough Beg. Ce mariage fut heureux, si l'on en croit les
récits composés à Hérat, qui évoquent l'amour que Schah Rokh portait à
sa reine. [...] On sait [...] qu'elle fonda la mosquée de Mechhed en
1405, et qu'elle invita en août 1419 son époux à la visiter [...]. Ce
n'est que plus tard que Goharchad occupera le devant de la scène, douce
compagne du monarque, puis veuve.
Je ne me trompais pas en pensant à propos du minaret isolé qu'il
faisait initialement partie du collège créé par Goharchad. Un croquis
exécuté en 1885 [...] montre la cour carrée du collège attenante au
Mosalla ; le minaret jouxte l'entrée principale. Je me le représente
donc accueillant la royale fondatrice et les deux cents dames de sa
suite lors de la visite d'inspection qui eut de si heureuses
conséquences pour les étudiants du collège. Par égard pour les dames,
qui risquaient de céder à leurs émotions, ceux-ci avaient reçu congé.
Tous, donc, étaient alors absents - sauf un, qui dormait [...].
S'éveillant et regardant par la fenêtre pour voir d'où venait tout ce
bruit, il accrocha le regard d'une "dame aux lèvres vermeille" qui vint
rapidement le rejoindre dans sa chambre, mais fut vite trahie, en
retrouvant le cortège royal, par "le désordre de son vêtement et
l'étrangeté de ses manières". Pour prévenir d'autres incidents de cette
nature - à moins que ce ne fût pour leur donner une sainte caution -,
Goharchad maria sur-le-champ ses deux cents suivantes aux étudiants,
jusqu'alors censés fuir la compagnie des femmes. Elle dota chacun d'une
garde-robe, d'un salaire et d'un lit. Et elle décida que le mari et
l'épouse pourraient se rencontrer une fois par semaine, à condition que
le premier se fût montré assidu à ses études. "Tout cela, commente
pieusement Mohun Lal, elle le fit pour mettre un terme aux progrès de
l'adultère."
Schah Rokh eut huit fils; l'aîné, Oulough Beg, et le cinquième,
Baisanghor, lui furent donnés par Goharchad. Intellectuellement
parlant, ces deux hommes se montrèrent dignes de leurs géniteurs: ils
furent, avec leur mère, les figures centrales de la renaissance
timouride.
Oulough Beg quitte la scène de Hérat pour occuper celle de la Sogdiane.
En 1410, son père le fait vice-roi de Samarcande où, dix ans plus tard,
sa mère vient voir son tout nouvel observatoire. [...]
Baisanghor, resté à Hérat auprès de ses parents, n'exerça aucune
fonction politique, hors celle de président du Conseil de son père.
S'entourant principalement de poètes et de musiciens, il prolongea la
passion de sa mère pour l'architecture en s'intéressant, lui, à la
peinture et au livre. (...)
Goharchad approchait (...) la soixantaine, et il lui restait encore
un quart de siècle à vivre. C'est son affection pour le fils de
Baisanghor, Ala-ad-Daula, qui la poussa à se mêler de politique. Et, au
prix de sa vie, elle consacra désormais ses jours aux intérêts
successoraux d'Ala-ad-Daula.
Sa partialité lui attira l'inimitié de ceux qui se sentaient exclus,
à commencer par un autre de ses petits-fils, Abdullatif, fils d'Oulough
Beg, qui avait été élevé à Hérat, à la cour de ses grands-parents.
Outragé par les attentions dont Ala-ad-Daula était l'objet, il alla se
réfugier chez son père, à Samarcande, faisant ainsi le désespoir de
Schah Rokh, qui l'adorait. Voyant cela, Goharchad, désireuse de
complaire à son mari vieillissant, se mit en tête de ramener l'enfant
prodigue au bercail, et prit pour ce faire, au cœur de l'hiver, la
route sur laquelle nous nous engagerons demain. Abdullatif n'avait
peut-être pas eu tout à fait tort d'aller chercher son bonheur
ailleurs. Car la vieille dame, l'ayant ramené à bon port, tourna sa
rancune vers le plus jeune fils de Schah Rokh, Mohammad Juki, au point
que celui-ci expira, à ce que rapporte Khondémir, de mortification. Il
fut lui aussi enterré dans le mausolée.
C'est deux ans plus tard que survint le malheur auquel elle se
préparait. Elle persuada son mari de conduire, en dépit de ses facultés
déclinantes, une armée en Perse, et l'accompagna dans cette expédition.
Etant presque parvenu à Chiraz, Schah Rokh décida de prendre ses
quartiers d'hiver à Ray - le site qu'occupe aujourd'hui Téhéran. Et
c'est là qu'il mourut, le 12 mars 1447, à l'âge de soixante-neuf ans.
La première époque de la renaissance timouride s'achevait. Car les arts
ne peuvent s'épanouir sans la stabilité politique, ou à tout le moins
civile, et Hérat devait connaître dans les douze années qui suivirent
dix maîtres successifs.
L'anarchie n'augura rien de bon pour Goharchad, qui se trouvait
prise à son propre piège. Ala-ad-Daula, le petit-fils qu'elle entourait
de sa faveur, était resté à Hérat pour veiller aux intérêts de la
ville. Abdullatif, le petit-fils dont elle se méfiait, et qu'elle avait
de force entraîné dans l'expédition afin de pouvoir le surveiller, la
tenait maintenant en son pouvoir. Et il ne se priva pas d'exercer ce
pouvoir, saisissant non seulement ses bagages mais aussi ses bêtes de
somme. De sorte que, alors qu'on rapportait à Hérat la dépouille du
roi, son épouse d'antan et désormais veuve, la femme la plus glorieuse
de l'époque - une femme maintenant âgée de soixante-dix ans -, dut
suivre à pied le cortège à travers les déserts du Khorassan, "la tête
couverte d'un linge ordinaire et un bâton de bois à la main", rapporte
Khondémir. Elle fut tirée de cette fâcheuse situation par Ala-ad-Daula,
qui s'assura de la personne d'Abdullatif et l'enferma dans la citadelle
(...). A l'annonce de cette nouvelle, Oulough Beg, qui marchait déjà
depuis Samarcande à la tête d'une armée afin de faire valoir ses droits
à la succession de l'empire, se désista en faveur d'Ala-ad-Daula, à la
condition que son fils recouvrerait la liberté.
On put croire un instant que Goharchad sortait victorieuse de
l'épreuve. Mais il y eut des désaccords à propos de points mineurs, et
Oulough Beg poursuivit sa marche sur Hérat. Une fois dans la ville, il
apprit que des pillards ouzbeks avaient saccagés les faubourgs de
Samarcande et détruit nombre des oeuvres d'art auxquelles il tenait
tant. A titre de dédommagement, il rafla tous les trésors sur lesquels
il put mettre la main, dont les portes en bronze du collège Goharchad.
Il retira aussi le corps de son père Schah Rokh du mausolée où il
reposait et le déposa à Boukhara, sur la route qui le ramenait à
Samarcande Mais Abdullatif, emporté par son imagination maladive, dut
prendre ombrage de la préférence avouée (pensait-il) de son père pour
son frère cadet - oubliant que c'était ce même père qui, en renonçant à
l'empire, l'avait tiré de sa prison. Il traversa l'Oxus, défit son père
à Schahroukhiya et le fit exécuter par un esclave persan. Ainsi périt
le 27 octobre 1449 Oulough Beg, le plus aimable représentant de sa
famille et le seul homme de science que celle-ci ait compté. Six mois
plus tard, le parricide fut assassiné par un des anciens domestiques
d'Oulough Beg.
Au cours des sept années qui suivirent, Aboulkacim Babour régna à
Hérat. Fils, lui aussi, de Baisanghor, il semble avoir vécu en bonne
intelligence avec sa grand-mère. Mais Ala-ad-Daula, son plus jeune
frère, demeurait le préféré. Et quand, en 1457, Aboulkacim Babour
mourut à son tour, miné comme son père par la boisson, la veuve de
Schah Rokh mit tout en oeuvre pour favoriser la candidature de son
arrière-petit-fils Ibrahim, fils d'Ala-ad-Daula.
Elle avait maintenant plus de quatre-vingts ans. Au mois de juillet,
Abou Saïd, arrière-petit-fils de Timour et ancêtre de Babour, se
présenta aux portes de Hérat. La citadelle fut le seul point auquel put
s'accrocher Ibrahim. Mais, bien que dirigeant personnellement les
opérations, Abou Saïd ne parvint pas à la prendre. Enragé de voir ses
projets ainsi contrariés et supposant que Goharchad soutenait
secrètement les défenseurs, il fit exécuter la vieille dame.
Elle fut enterrée dans le mausolée qu'elle avait elle-même fait
construire. Sa pierre tombale portait: "Elle fut la Balkis de son
temps." Balkis, c'est le nom arabe de la reine de Saba.
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Gawharshad Begum
La
reine Gawharshad Begum a vécu à Herat au XIVè siècle. Cette femme,
d'une envergure exceptionnelle pour l'époque, a eu une influence
prédominante dans les domaines artistique (beaux-arts et architecture),
littéraire et politique. Son nom est connu de tous les Afghans, mais
les traces de son influence sont bien présentes et visibles à Herat:
son mausolée, les vestiges du collège et du Mosalla qu'elle a fait
ériger. C'est parce que le sort des Afghanes est au centre de nos
préoccupations, et pour leur prouver qu'elles peuvent jouer un rôle
dans leur société que son nom a été donné à notre Centre d'activités.
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Nowrouz
Origine de la fête
On
ne peut situer avec certitude l'origine du Nowrouz tant sa célébration
remonte à la nuit des temps. Une légende, pourtant, l'attribue à la
période de la naissance de Zoroastre, au coeur de l'ancien empire
perse, aux abords du fleuve Hariroud. Marié mais sans enfants, son
entourage se demandait comment assurer une descendance à ce prophète
admiré. Zoroastre a alors suggéré que les femmes se baignent dans le
fleuve Hariroud et que les enfants de celles-ci soient considérés comme
sa descendance à lui. Il est devenu une tradition que les femmes se
baignent dans le fleuve à l'occasion du Nowrouz. On peut imaginer que
c'est cet aspect féminin de la fête, outre son caractère païen, qui est
à l'origine de l'interdiction qui avait été faite par les taliban,
entre autres, de la célébrer. Il est reconnu que Zoroastre a déplacé sa
date d'anniversaire officielle à l'équinoxe de printemps, d'où
l'amalgame avec la fête du Nowrouz (litt. "nouveau jour"). Du vivant du
prophète, les célébrations prenaient une ampleur fastueuse.
En
Asie centrale, il s'agit en tout premier lieu de la fête du printemps,
du renouveau. Elle est tellement ancrée dans la culture, que les
traditions ancestrales subsistent toujours. Elles sont transmises
oralement et ont persisté malgré les opposition des différentes
religions (bouddhisme, zoroastrisme, islam). Le Nowrouz est fêté de nos
jours en Afghanistan, Iran, Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan,
Pakistan, Inde, chez les Kurdes, en Azerbaïdjan, en Turquie ...
Les traditions
Celles-ci
varient sensiblement suivant les pays. En Afghanistan, on va vérifier
que les arbres, plantés quelques mois plus tôt, bourgeonnent, on
nettoie la maison de fond en comble et, selon les moyens, on remplace
tapis et rideaux et on refait les peintures, on passe la journée
entière à l'extérieur et on ne retourne chez soi qu'après minuit. Si un
mariage est prévu pendant cette période, on offre à la mariée un
poisson rouge dans un bocal et des fleurs de pommier ou d'abricotier.
On confectionne des vêtements neufs pour les enfants; les femmes se
réunissent, jouent de la musique et fabriquent les pâtisseries les plus
douces; on cuit du blé germé. Plus moderne, et plutôt dans le cadre de
réceptions officielles, la coutume du "Haftsin" (littéralement "7 S"):
on dresse une table sur laquelle on dispose 7 choses commençant par la
lettre S. On y trouve par exemple lentilles germées, pommes, vinaigre,
ail, sumac, pièces, olives, jacinthes... La fête se clôture le 1er mercredi suivant le Nowrouz, le "tcharchambé awal-e sâl".
De nos jours, la tradition reste vivace ; le Nowrouz,
qui marque également la rentrée des classes, est la fête la plus
importante de l'année pour les Afghans.
AFGHANISTAN-EUROPE
organise chaque année à Bruxelles, à l'occasion du Nowrouz, une soirée
à laquelle sont conviés tous nos membres et sympathisants. Cet
événement a pour buts de faire connaître l'asbl et les actions qu'elle
mène sur le terrain, ainsi que de collecter des fonds indispensables à
la poursuite des activités. Les participants, quant à eux, goûtent un
véritable repas afghan dans une ambiance conviviale. Si vous souhaitez
être informé(e) de la date de la prochaine soirée (aux alentours du 21
mars), laissez-nous vos coordonnées ou consultez régulièrement la rubrique "actualités".
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